Media

Entretien avec Aly El-Hadji Ouattara

mars 7, 2024

Tout d’abord, nous vous félicitons d’être l’un des trois aéroports d’Afrique à atteindre le niveau 3+ de neutralité, le plus haut niveau atteint dans la région jusqu’à présent !
Pouvez-vous nous donner un aperçu des initiatives de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny en matière de développement durable et des efforts déployés pour réduire les émissions de carbone ?

Nous vous remercions !
C’est un honneur d’être le premier aéroport d’Afrique à avoir atteint le niveau 3+ de neutralité.
AERIA, l’opérateur de l’aéroport d’Abidjan, a pour objectif stratégique de favoriser le développement durable et de faire progresser la décarbonisation de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny.
Bien entendu, nous ne sommes pas les seuls à nous engager dans cette voie.
À l’échelle mondiale, les aéroports sont de plus en plus conscients de l’importance de réduire leur empreinte carbone grâce à un certain nombre d’initiatives deréduction des émissions de CO2.
À l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny, nous avons commencé par un changement stratégique en faveur des sources d’énergie renouvelables.
Par exemple, nous avons installé des lampadaires solaires et prévoyons d’installer prochainement des panneaux solaires pour produire de l’électricité.
En termes d’efficacité énergétique, l’aéroport a mis en œuvre des mesures visant à réduire la consommation d’énergie.
Il s’agit notamment de réguler la climatisation, d’éteindre les équipements électriques et électroniques dans les bureaux pendant les week-ends, de respecter le calendrier de maintenance des équipements et d’améliorer la qualité de l’électricité.
En tant qu’aéroport accrédité de niveau 3+, et à mesure que nous adoptons des pratiques de gestion du carbone plus avancées, nous nous concentrons progressivement sur les émissions du champ d’application 3 – en faisant équipe avec nos partenaires du secteur de l’aviation !
Nous collaborons étroitement avec l’autorité nationale de l’aviation civile, les compagnies aériennes, le contrôle du trafic aérien (ATC) et les prestataires de services de manutention afin de réduire les émissions de carbone de l’ensemble du secteur.
Les mesures que nous avons prises conjointement comprennent le rajeunissement de la flotte d’aéronefs, la mise en œuvre d’améliorations opérationnelles, telles que la montée et la descente continues (CDO/CCO), et la réalisation d’une étude de faisabilité pour le développement de carburants commerciaux.
Nous nous efforçons de développer une aviation durable avec le soutien des experts de l’OACI.
Nous sommes fiers d’être des pionniers sur le continent africain grâce à cette approche globale, et l’Airport Carbon Accreditation a joué un rôle déterminant dans la motivation de nos progrès.

Comment le programme Airport Carbon Accreditation a-t-il influencé et guidé les stratégies de développement durable de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny ?

Le programme nous a fourni un cadre solide pour gérer et réduire efficacement nos émissions de carbone à l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny.
Il nous a permis de franchir toutes les étapes d’une gestion globale du carbone, en commençant par mesurer nos émissions de carbone de manière transparente et cohérente, ce qui nous a permis de comprendre clairement l’ampleur des émissions et de mettre en évidence les points à améliorer.
Le programme nous a également incités à identifier des mesures efficaces pour réduire ces émissions.
Nous sommes fiers de poursuivre de nombreuses voies pour y parvenir, notamment l’adoption d’énergies renouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et des infrastructures, la promotion des transports durables et la sensibilisation du personnel à l’importance de la réduction des émissions.
En outre, nous avons beaucoup apprécié les conseils fournis dans le cadre de l’Airport Carbon Accreditation pour l’utilisation des mécanismes de compensation carbone les plus efficaces.
Ainsi, nous sommes sûrs d’investir dans des crédits carbone de la plus haute qualité pour compenser nos émissions résiduelles.
Mais ce n’est pas tout.
Notre participation au programme nous a amenés à impliquer toutes les parties prenantes de notre écosystème, telles que les compagnies aériennes, les prestataires de services et les autorités locales, afin de faciliter la mise en œuvre d’initiatives en faveur du développement durable et de faire progresser la décarbonisation.
Cette approche collaborative a permis de réduire l’empreinte carbone de l’ensemble de l’écosystème aéroportuaire.
L’Airport Carbon Accreditation a été d’un grand soutien pour l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny dans sa transition vers une aviation plus durable et dans la réduction des émissions de carbone de l’industrie aéroportuaire dans son ensemble.

Comment l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny s’engage-t-il auprès des parties prenantes, telles que les compagnies aériennes, les fournisseurs et la communauté locale, pour promouvoir le développement durable et réduire son empreinte carbone ?

Comme je l’ai déjà mentionné, un cadre d’échange formel a été mis en place pour faciliter les discussions entre les parties prenantes sur les questions liées aux émissions de carbone dans l’industrie de l’aviation.
AERIA est fière d’être membre de ce groupe, ralliant tous les partenaires pour accroître les efforts dans ce domaine.
L’Autorité Nationale de l’Aviation Civile (ANAC) héberge un comitéCO2, qui est présidé par des experts de l’industrie.
Ce comité opère sous la supervision de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), assurant la mise en œuvre efficace des stratégies de l’organisation, y compris le document 9988 (Guidance on the Development of States’ Action Plan on CO₂ Emissions Reduction Activities) parmi d’autres.
Au cours des réunions du comité, chaque participant de l’industrie fournit des mises à jour sur leurs mesures respectives de réduction du carbone, favorisant ainsi une approche collaborative pour répondre aux préoccupations environnementales.

La compensation des émissions de carbone est un élément essentiel de la durabilité environnementale, en particulier dans les secteurs où il est difficile d’agir, comme l’aviation.
Comment l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny aborde-t-il la question de la compensation des émissions de carbone, et quels sont les projets ou stratégies spécifiques mis en place pour compenser efficacement l’empreinte carbone résiduelle de l’aéroport ?

Actuellement, l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny utilise deux stratégies principales pour la compensation carbone : l’achat de crédits carbone pour compenser le carbone résiduel, et la séquestration naturelle du carbone dans le sol, créant ainsi un puits de carbone sur les terrains de l’aéroport.
Le projet SOIL.IS représente une approche innovante, offrant des solutions pour optimiser la gestion du carbone contenu dans le sol tout en générant des impacts socio-écologiques positifs.
Quatre scénarios distincts ont été sélectionnés, chacun variant en termes de complexité de mise en œuvre et de résultats en termes de carbone, de société, de biodiversité et de dimensions financières.
Nous sommes très fiers de ce projet innovant, aussi je vous invite à me suivre dans l’approfondissement des spécificités de chaque scénario.
Le premier scénario, intitulé « Amélioration de l’entretien du système végétal », se concentre sur la restauration des sols dégradés et l’introduction d’espèces végétales visant à densifier la couverture actuelle avec les espèces existantes.
Dans le deuxième scénario, qui porte sur la « valorisation des biodéchets », nous concevons une plateforme de compostage et épandons ensuite le compost sur le sol.
Le scénario 3 est un scénario de restauration de la mangrove dans une réserve naturelle située à proximité de notre aéroport.
« Restauration et conservation de la baie d’Abouabou » comprend l’établissement d’un plan de cogestion avec les communautés de pêcheurs de la baie d’Abouabou, la création d’une pépinière de palétuviers et la mise en œuvre d’actions de transplantation.
Le scénario 4, « Ceinture végétale », concerne la zone actuellement exploitée par des habitations non contrôlées et des agriculteurs informels.
L’objectif de ce scénario est de transformer cet espace en un système de culture agroécologique intégrant des pratiques de permaculture, d’agriculture biologique et d’agroforesterie.
Comme vous pouvez le constater, le projet a de nombreux effets secondaires positifs, car nous nous engageons avec les communautés locales à améliorer leurs pratiques et à travailler ensemble pour restaurer l’habitat naturel, tout en séquestrant de grandes quantités de carbone.

Quels sont les principaux défis ou obstacles auxquels l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny est confronté dans sa quête de durabilité ?

À l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny, nous sommes confrontés à plusieurs de ces défis.
Le premier problème auquel nous sommes confrontés est le respect des réglementations internationales en matière de transport aérien, en particulier les normes et les pratiques recommandées de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), qui sont essentielles pour garantir la sécurité et la durabilité des opérations de vol.
Un autre obstacle important est le coût élevé associé à la mise en œuvre de solutions d’énergie renouvelable.
Par exemple, l’adoption de la technologie des panneaux solaires, bien que bénéfique pour la durabilité, reste coûteuse et très difficile d’accès en Côte d’Ivoire.
L’efficacité énergétique et l’exploration de nouvelles technologies sont deux autres domaines d’intérêt pour l’aéroport, notamment en raison de l’ancienneté de l’aérogare, considérée comme énergivore.
Nous nous efforçons de réduire notre consommation globale d’énergie et d’adopter des pratiques énergétiques plus durables, mais il y a des limites à ce que l’on peut faire dans les limites de l’infrastructure.
En outre, il est essentiel de sensibiliser et d’impliquer les parties prenantes.
Il s’agit des compagnies aériennes, des passagers, des employés des aéroports et d’autres parties.
Il est essentiel de les sensibiliser et de les impliquer dans des pratiques durables, car la sensibilisation et l’éducation peuvent encourager l’adoption de comportements respectueux de l’environnement.
La collaboration est essentielle pour relever avec succès tous les défis susmentionnés, c’est pourquoi nous consacrons beaucoup d’efforts au dialogue et à la coopération avec l’ensemble de notre écosystème.

En plus d’être un spécialiste de l’environnement aéronautique, vous êtes également un gestionnaire de risques.
Pourriez-vous nous expliquer comment l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny intègre le développement durable dans sa stratégie de gestion des risques et comment cette approche contribue à la résilience globale de l’aéroport ?

C’est vrai !
Je pense que l’approche basée sur les risques est une méthode efficace pour la gouvernance d’entreprise et, dans notre aéroport, nous avons mis en place une cartographie des risques pour relever les défis qui pourraient avoir un impact sur nous du point de vue du développement durable.
Cette approche englobe une série de risques, notamment les risques de conformité, juridiques, financiers, sociaux, d’image et de réputation, environnementaux et liés au climat.
Nous avons accordé une attention particulière à la gestion des risques climatiques.
L’aéroport a intégré de manière proactive les risques liés au changement climatique dans sa planification et ses opérations.
Il s’agit notamment de s’adapter aux conditions météorologiques extrêmes, de mettre en œuvre des mesures de résilience et de travailler activement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
L’attention que nous portons à ces domaines témoigne de notre volonté d’aborder les multiples facettes des risques dans le secteur de l’aviation, en particulier ceux liés au climat.